La France transmettra à l'Unesco d'ici fin janvier 2007 sa demande d'inscription des coraux de Nouvelle-Calédonie au patrimoine de l'humanité, afin d'assurer la conservation et la transmission d'une incroyable réserve de vies encore méconnues.
Selon le ministère de l'Ecologie, qui prend désormais en charge le dossier préparé sur place depuis deux ans, la protection de l'Unesco devra s'étendre à six zones classées "biens naturels" qui, du nord au sud du territoire d'Outre-mer dans le Pacifique, présentent récifs, barrières et mangroves.
La demande de classement concerne 15.500 km2, soit 60 % du lagon de Nouvelle-Calédonie, dont 1.600 km de barrière corallienne et 800 km2 de récifs, choisis pour leur représentativité.
"La Nouvelle-Calédonie a l'avantage de présenter tous les types récifaux: récifs frangeants (les premiers à se former autour de l'île), barrière et atolls", relève Pascale Chabanet, docteur en environnement marin et chercheuse à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) à Nouméa.
"C'est cette diversité qui crée différents habitats permettant à tellement d'espèces différentes de cohabiter", ajoute-t-elle.
Selon elle, 350 variétés de coraux ont été identifiées en Nouvelle-Calédonie parmi 700 connues dans le monde, ainsi que 1.700 espèces de poissons (sur 3.000 répertoriées dans le Pacifique), sans compter les algues et les mollusques.
"Mais la barrière calédonienne a été peu étudiée jusqu'ici, par rapport à la Grande barrière australienne, un peu mieux connue, où 420 espèces de coraux ont été identifiées", ajoute la chercheuse.
L'idée d'inscrire ces richesses au patrimoine de l'humanité a émergé en 2002 lors de la conférence de l'Union mondiale pour la nature (UICN), à Hanoi.
Depuis 2005, le dossier a été porté par l'Initiative française des récifs coraliens (Ifrecor), dont le comité néo-calédonien rassemble, sous l'autorité du Haut Commissaire de la République, représentants de l'administration, de l'économie locale, scientifiques et ONG.
Cette instance s'est notamment chargée de promouvoir ce dossier auprès des collectivités locales et des communautés calédoniennes. "Il fallait rassurer, expliquer, apaiser les craintes d'être spolié et garantir la possibilité d'une gestion pérenne des biens concernés", indique le ministère de l'Ecologie.
"Il ne suffit pas de décréter, il faut ensuite s'assurer de la réalité de la protection".
Le ministère va maintenant relayer les collectivités locales auprès de l'Unesco, seul un Etat étant habilité à saisir l'organisation internationale. Il devra déposer sa demande avant le 31 janvier 2007 pour une inscription effective d'ici juillet 2008.
Entre-temps, les experts de l'UICN auront un an pour vérifier les critères de classement.
L'enjeu est important pour la France dont aucun site classé "ne concerne à la fois le patrimoine marin et l'Outre-mer", note le ministère.
Pascale Chabanet relève surtout que sur 700 sites naturels inscrits au patrimoine de l'humanité, le Pacifique est peu présent et que seuls une dizaine de sites coralliens y figurent, dont les barrières d'Australie et du Belize, ou l'atoll d'Aldabra aux Seychelles.
En outre, ajoute-t-elle, "la Nouvelle-Caledonie ne serait que le deuxième des 700 sites à intégrer à la fois les récifs coralliens et la mangrove".